27 mars 2008
Offre spéciale exclusive : voyagez gratuitement !!
Et si nous faisions un bout de chemin ensemble ? Une fois n'est pas coutume, nous vous enmenons dans nos bagages, afin que vous parcourriez la route avec nous. Pour ceux qui ont le temps, petit recit un peu plus long que d'habitude pour vous faire vivre grandeur nature (on augmente la taille des photos pour la peine) ces derniers jours de bicyclettes... Nous avons le temps : nous sommes confortablement installés à Salta, très jolie ville du nord ouest argentin... Nous enrichissons donc notre récit d'impressions et réflexions toutes personnelles... Installez vous confortablement, on n'est pas couché...
Après notre petite escapade à Tucuman, nous réenfourchons nos petites reines à Santa Maria, direction Cafayate. Sur le chemin, nous visitons les ruines de Quilmes, un des rares vestiges pre-colombiens significatifs du pays.
Attention, rien à voir avec les prestigieuses cités incas ou olmèques plus septentrionales. Outre que le peuple Quilmès a donné son nom à la bière argentine la plus consommée (ce qui est une bien triste fin pour un peuple qui a connu une certaine prospérité - tiens, ca me fait penser aux magasins de sports qui développent des lignes de vêtements au nom d'un peuple et d'une langue encore bien vivants, Quechua, usurpation ?) cette petite visite nous fait prendre conscience qu'il y avait des habitants sur ce continent avant leur découverte par les Européens... Reflexion qui paraitra peut-être naive à certains... En fait nous n'avons pratiquement vu aucune trace des indiens depuis notre départ d'Ushuaia : quelques évocations tout au plus dans de petits musées qui essaient de refaire vivre des cultures mortes depuis longtemps. Et pour cause, ils ont été méthodiquement massacrés pour la tranquilité des moutons et le développement des estancias, en particulier suite à la campagne du désert menée à la fin du XIXeme siècle à l'initiative d'un des plus grands présidents argentins (du point de vue argentin) : de la Roca. Avant cette campagne, environ 1/3 de la population du pays était composée d'Indiens. Les Argentins sont aujourd'hui fiers de leurs origines européennes (qu'ils revendiquent à plus de 97%), non sans un certain snobisme vis-à-vis d'autres pays beaucoup plus métissés comme la Bolivie ou le Pérou. Ces quelques lignes non pour juger de ce qui s'est passé, mais plutôt pour insister sur ce qui constitue une particularité importante de l'Argentine et explique une part de son Histoire : un très faible metissage de la population en comparaison de ses voisins, des yeux souvent tournés vers l'Europe et l'envie de traiter d'égal à égal avec les cousins européens (cf. le sport : foot bien sur, les Argentins suivent tous les championats européens sur le cable, mais aussi rugby comme la récente volonté d'intégrer le tournoi des 6 Nations plutot que le tri-nation l'a montrée). Pour revenir aux ruines, comme toujours dans ces visites, l'intérêt est moins dans les quelques pans de murs encore visibles, que dans les discussions avec le guide qui met tout cela en perspective...
Aprés une petite centaine de bornes donc, arrivée à Cafayate pour quelques jours. La ville et les alentours en valent la chandelle : bourgade charmante au pied des montagnes, entourée de vignes et de gorges (quebrada) multicolores.
Figurez vous que c'est ici (entre 1000 et 2000 m d'altitude) qu'on produit parmi les vins les plus réputés d'Argentine. Bien sûr il y a Mendoza dont nous vous avons déjà un peu parlé. Mais l'ambiance est ici toute différente. Si nous voulions comparer ce serait un peu Beaune vs Bordeaux : petite ville de quelques quadras très préservée entourée de vignes, quand la seconde est une très grande ville aux activités diversifiées mais au coeur d'une région viticole d'importance. Tout cela à l'échelle argentine bien sûr : si les domaines de Cafayate sont en moyenne plus petits que ceux de la région de Mendoza on trouve ici des exploitations comme la Bodega Etchart d'environ 3000 ha - propriété depuis quelques années du groupe Pernod Ricard.
Le roi du pastis n'est d'ailleurs pas le seul francais à avoir compris le potentiel que représentaient les vins argentins (et chiliens). Cela était déjà vrai au siècle dernier : la bodega "phare" de Cafayate est celle de Michel Torino, un Francais arrivé au XIX ème siècle - récemment revendue à des investisseurs sous le nom Bodega Esteco. Les ancêtres de Michelle Bachelet (présidente de la République du Chili) sont des viticulteurs pionniers venus acclimater pinot noir et chardonnay de ce coté de l'Atlantique. Après quelques décennies d'ignorance, on assiste d'ailleurs à un retour des Francais dans ces deux pays. Outre Pernod Ricard et la présence un peu plus ancienne de LVMH (Bodegas Chandon, Terrezas de los andes, Cheval des Andes), le fameux oenologue Michel Roland (vous vous rappelez le film Mondovino sorti il y a quelques années ?) et le groupe des 7 comme on l'appelle ici (notamment Nadine Rotschild, la famille d'Aulan, ex-Champagne Piper Heidsek, la famille Cuvelier, Catherine Péré-Vergé de la Cristallerie d'Arc déjà propriétaire en Pommerol, etc.) ont investi massivement dans la région de Mendoza. Le très prestigieux Chateau Lafite s'est lui porté acquereur de vignes au Chili (Bodega Los Vascos). Bref, les Francais réagissent pour ne pas se laisser dépasser par ces vins argentins qui étaient jusqu'ici exclusivement reservés à la consommation nationale (une grosse piquette pour accompagner les asados, inexportable) mais dont la qualité s'est ameliorée, permettant de tailler des croupières à nos Bordeaux trés chers en comparaison : le prix d'une bouteille de vin de qualité moyenne est ici de 2/3 €. Dans certaines de ces régions et en particulier à Cafayate, les journées chaudes (environ 30 degrés l'été) et les nuits très fraiches du fait de l'altitude, constituent d'excellentes conditions pour les blancs (le chardonnay pousse très bien ici mais aussi un cépage peu connu en Europe : le torrontès). Bref, l'Argentine possède toute la palette des vins à des prix moitié moindre que chez nous : depuis le gros rouge jusqu'aux vins primés dans les concours internationaux. Ajoutez à cela un marché domestique important, un marketing intelligent et vous comprendrez le succès croissant de la viticulture argentine.
Du coup on s'en donne à coeur joie (avec modération vous vous en doutez). Les dégustations vont bon train, mais nous sommes plutôt décus - surtout par les rouges dont le cépage roi est ici le Malbec - peu habitués que nous sommes au gout souvent "vanillé" qui les caractérise... Cf. notre post culinaire récent...
Nous consacrons ensuite un jour à visiter la Quebrada Las Conchas (dite de "Cafayate"). Elle se trouve sur la route pour Salta mais nous avons décidé pour rejoindre cette dernière de passer par une autre vallée (la vallée Calchaqui, la Quebrada Las Flechas et la ville de Cachi). Trop dur de faire un choix entre les deux : ce sera les deux. Avant de quitter Cafayate nous embarquons donc les vélos sans bagages dans un bus local pour la quebrada Las Conchas et revenons tranquillement à notre point de départ (recompense : une délicieuse glace aux vins blanc/rouge, exclusivité mondiale)...
Les 60km que nous parcourons nous font passer par toutes les couleurs... Rouge, vert, bleu, jaune, ocre, une véritable palette d'artiste... Petit apercu en images bien pâles en comparaison de la réalité...
Aprés un petit jour pour nous remettre de nos émotions et profiter de l'ambiance trés paisible de la ville, nous repartons en direction de Cachi. Cette route, non asphaltée et pour le moins "capricieuse", nous rappelle notre petite virée vers Uspallata/Bareal au départ de Mendoza: un gros détour pas facile (même dénivelée) qui reste un des plus beaux parcours de notre voyage... Impossible de regretter la route directe et asphaltée par La Vina devant tant de beauté et de charmes. Jugez plutôt.
Il y a d'abord la tranquilité des lieux rencontrés : petits villages cartes postales tout blancs et leurs vieilles églises, ou petits pueblitos oubliés de quelques maisons en adobe (torchi). En séchant quelques piments ou en entretenant un petit troupeau de chèvres, leurs habitants arrivent à survivre dans une vallée pourtant très aride. L'irrigation permet par ailleurs de faire pousser quelques fruits succulents (pêches, raisins, pommes).
En ces jours de semaine sainte nous profitons par ailleurs de l'effervescence suscitée par la grande fête chrétienne. Point de cloches ici, ni d'oeufs à chercher dans le jardin. Pâques n'est ici pas (encore ?) devenue la grande fête paienne que nous connaissons (même impression à Noël) : chemins de croix à la tombée de la nuit avec procession des habitants du village, reconstitution grandeur nature de la passion du Christ, etc. Ca fait un choc quand on "tombe" sur un peplum en pleine campagne sur une route ou nous ne croisons que très peu de voitures : dizaines de figurants, centaines de spectacteurs et, caméras locales...
Et puis il y a les paysages... La progression est lente, pas seulement en raison du sable qui nous oblige à pousser quelques instants la bici... Les pauses photo sont nombreuses et l'emerveillement nous surprend à nous rendre euphoriques à plusieurs reprises... Sensations très fortes donc, dont voici un petit florilège...
Lorsque nous arrivons à Cachi la veille de Pâques nous n'avons plus qu'une chose à faire : de beaux rêves en essayant de redonner vie aux images qui restent gravées... D'autres nous attendent encore au réveil : lever de soleil et coucher de lune sur les montagnes. La journée s'annonce magnifique : Cachi est une synthès de la beauté rencontrée ces derniers jours. Village pittoresque et préservé entouré de paysages de rêve... En prime, un succulent déjeuner offert par Marie-Jo et André.
Le lundi, c'est reparti ! Pour rallier Salta, nous devons franchir une jolie chaine de montagne. Le col Piedra del Molino nous attend à 3350 m d'altitude. Un petit coup d'oeil à l'altimètre nous indique que Cachi n'est "qu'à" 2200m, une journée de grimpette en perspective... Après une petite aventure qui pourrait s'intituler "le coup de pompe" (un vol sauvage de notre cher infleador pendant la nuit et un arrachage de phare avant bien difficile à comprendre), nous commencons notre ascension vers le parc national los Cardones (le nom des grands cactus locaux) et la fameuse recta tin tin (une grande ligne droite tracée par les Incas de 20 km). Changement progressif des paysages, de moins en moins de végétation...
Ca monte, ca monte mais finalement assez progressivement (+1100m en 55 km)... Bon on n'entend quand même tout à fait disctinctement les moteurs des voitures qui nous doublent en donnant tout ce qu'elles peuvent ("on l'entend bien le moteur hein !?"), et doublons quelques 504 qui n'en peuvent plus et qu'il faut refroidir quelques minutes. Quant aux Renault 12 elles sont prises en charge par les pick up... Et puis c'est le petite moment d'euphorie lorsque nous arrivons au col vers 15h, relativement frais finalement... On se fait un peu applaudir, des touristes anglais se font photographiés avec nos engins, et nous profitons d'un déjeuner bien méritié... Le baromètre indique 681 mbar, la température presque 30 degrés et l'altimétre 3400m...
La journée pourtant déjà intense est loin d'être terminée. Une petite descente de 70 km nous attend. Ripio puis asphalte, la vallée encantado et la cuesta del obispo s'étendent à nos pied... Pas trés impressionnant de là haut, de gros nuages montent depuis la vallée. Ce phénomène se produit tous les jours : beau le matin, puis nuageux au fur et à mesure que la journée avance, la vallée de Salta étend beaucoup plus "tropicale" que celle un peu désertique de Cachi... Nous nous enfoncons dans les nuages sur le versant à l'ombre (adret ou ubac ? une bière à celui qui se souvient de ses cours de collège sans regarder dans le dico...) : forte impression un peu comme une descente d'avion quand on se retrouve au dessus, puis dans et enfin sous la couverture nuageuse. Enfin sans carlingue ni pressurisation. Les 6 sens en éveille quoi... Bizarrement le termomètre descend encore plus vite que nous et se retrouve en moins d'une heure autour de 10 degrés. Puis remonte brutalement autour de 20 degrés ; vallée humide tout aussi magnifique quoique complètement différente...
Journée Vivaldi : four seasons in a day...
Le début de la descente : l'été
Automne sur les route normande ?
Collection Hiver 2009
Oh le joli printemps...
Aller encore quelques unes...
Arrivée le soir à El Carril à 36 km au sud de Salta. Nous sympathisons avec de gentilles dames dans le centre ville qui nous trouvent un endroit pour dormir dans cette petite bourgade sans charme (qui vit des plantation de tabac) et surtout sans "hotel". Petit bilan de la journée : près de 130 bornes, +1200m, -2200m, 4 saisons, tous les degrés entre 10 et 30, un copain cyclo hollandais, les pieds mouillés en fin de parcours, quelques dizaines de belles photos et BEUCOUP BEAUCOUP de PLAISIR...
Petit cadeau de notre copain de l'autre pays du fromage : notre seule photo de nous 2 en train de rouler...
Bon retour chez vous...
PS du service commercial : Si vous êtes satisfaits de votre voyage, dites le nous en utilisant le champs commentaire ci-dessous. Sinon, nous vous invitons à venir pédaler avec nous...
PPS de Pierre et Olivia : gros MERCI ! pour les commentaires et mails...






























































